Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 15:38

                En internat, expliquer de simples règles de vie en communauté peut provoquer de graves crises diplomatiques avec l’interne.

 

Mais les dialogues qui s’en suivent peuvent être très comiques.

 

Mehdi peut être un garçon très agréable comme un véritable monstre. Lorsqu’une discussion tourne au vinaigre, il commence à baisser la tête, légèrement penchée sur le coté et à prendre un accent de racaille.

 

  • « Vas-y, t’sais pas qui j’suis !  Tu m’parles pas comme aç ! "
  • « Arrêtes de me manquer de respect et de manquer de respect à tout le monde. Et regarde moi dans les yeux quand tu me parles. »
  • « Mais t’es malade ! T’sais pas d’où j’viens moi ?! »
  • « Et toi tu sais pas d’où je viens non plus »
  • « Vas-y, j’viens d’Clisson ! »

 

 

Je rigole, rigole encore un peu tant la réponse est drôle.

 

 

  • « Et moi je viens du 7.8. De Mantes la Jolie ! »

 

  • « Ah ouais ? Ouah, respect ! »




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- Dit moi quelle voix tu as, je te dirai qui tu es

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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 15:21

                Quelque soit le lycée dans lequel on se trouve, les premières semaines sont un test. Les élèves vont tester le pion, c’est imparable.

 

Les premiers tests de la première année sont les plus durs, les plus éprouvant alors que vous en verrez des pires par la suite (l’adolescent est plein de ressources, il sait sous surprendre tout au long de l’année).

 

Au début de l’année, vous n’êtes pas très sur de vous. Vous découvrez le fonctionnement de l’établissement, vous faites des erreurs, vous ne connaissez pas tout le lycée, ni tous les profs (alors qu’eux sont censés vous connaître puisque vous vous êtes présentés à eux à la plénière le jour de la prérentrée. Passons…). Crier ne fait pas encore parti de votre quotidien puisque vous êtes habitués aux relations sociales traditionnelles. Ainsi, au foyer, vous tentez de faire connaissance naturellement avec les élèves.

 

  • « Ca doit être intéressant ta formation ? »
  • « Mouais….A toi de jouer Bryan ! »

 

Et puis les jours passent, l’assurance des lycéens croît. La discipline est vite remise au placard. Le premier lycéen qui a cru que je laisserai tout passer l’a vite regretté car s’il y a quelque chose que je déteste par-dessus tout, c’est l’insolence.

 

Au self, la règle est claire : pas de portables, pas de MP3. Un élève est assis à sa table le manteau encore sur lui (c’est connu, il fait froid en septembre !).

 

  • « Mathias, tu enlèves ton MP3 des oreilles, s’il te plait »

Silence…

  • « Mathias, tu m’enlèves ce MP3 ! »

Et là, la réponse fatale : « Non »

  • « Tu apprendras que je n’aime pas répéter les choses plus de trois fois. Tu m’enlève ce MP3 ! »
  • « Vas-y pour qui tu te prends ?! »

Très bien, il a gagné ! Je lui arrache les écouteurs des oreilles. Il les remet. Il me menace. Je les arrache une nouvelle fois et réussi à prendre cette fois le MP3.

 

Il continue à être insolent.

 

  • « Très bien, t’as gagné, tu reçois ma première colle ! »

 

Cela part toujours de rien et prend toujours  de drôles de proportions. La première fois qu’on a à crier, on se sent tout bizarre. On prend hélas, très vite l’habitude.

 

L’année suivante, ma première altercation avec un lycéen est partie d’après près la même chose. Un élève venait de répondre à son téléphone portable. Au bout de deux fois, je lui ai pris des mains et éteint. Faire ça à une petite racaille (tout du moins, il en prenait l’accent quand il était énervé) c’est s’exposé à une crise monstrueuse. L’échange parfaitement irrespectueux (de sa part) qui s’ensuivi fût dur. Ce fût le premier d’une longue série avec lui.

 

 

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  1. Le recrutement du Pion
  2. La rentrée du Pion
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 21:34

Le téléphone sonne, je réponds :

 

  • « Vie scolaire, bonjour ! »
  • « Salut, c’est l’accueil, je te passe une maman d’élève »
  • « Bureau de la vie scolaire bonjour ! »

 

Une voix assez grave répond :

 

  • « Bonjour, je suis la maman de Samuel X. Il se sent pas bien aujourd’hui ».

 

En une phrase, le doute s’est installé. Je la fais parler. Me prendrait-on pour un imbécile ?

 

Plus je la fais parler, plus la voix se fait hésitante.

 

On me prend bel et bien pour un imbécile !

 

  • « Samuel, tu as intérêt à te ramener au plus vite, sinon ça va mal se passer pour toi. Faudrait arrêter de prendre les gens pour des c….. euh, des imbéciles ! Je veux te voir au bahut dans moins d’une heure ! »

 

L’heure passe et voici Samuel qui arrive au bureau caché dans son haut de survêt.

 

  • « Tu croyais sérieusement qu’on te prendrait pour ta mère ? Pour ton père passe encore, mais pour ta mère, faut être c…. euh, pas bien (oui, euh, pas bien (oui, c’est le mot que je cherchais) !! »
  • « Mais je me sentais pas bien et mes parents ne sont pas là. »
  • « Pourquoi tu ne nous as pas simplement appelé et tu n’es pas allé chez le médecin ? »
  • « Bin, euh….j’suis mineur. C’est pas possible d’aller chez le médecin. »
  • « Ah bon ? »

 

 

           Prologue

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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 22:11

                Pour le petit nouveau, la rentrée est toujours un moment assez effrayant. Mais il s’agit aussi d’une journée très intéressante pour appréhender le cadre de travail.

 

Tout d’abord, vous apprenez à découvrir la personnalité du « chef » : le proviseur. Vous découvrez de quel type de leader il s’agit.

 

Il y a comme nous l’avons déjà vu : le commercial.

La tribune de l’assemblée plénière de rentrée voit défiler tous les partenaires mais à aucun moment le personnel du lycée est convié à parler de la vie du lycée.


Vous pouvez aussi avoir le « chef qui n’est pas le chef » : aucune aisance à l’oral, discours lu, mot de tous les membres de l’équipe de direction (quand ils sont 5, ça commence à faire long).

 

Vient ensuite le chef qui n’a pas eu de public pour l’écouter depuis deux mois. Il parle pendant trois heures sans laisser la parole aux autres. Il s’est d’ailleurs tellement épuisé à parler que l’on ne l’entend plus depuis (sauf au téléphone pour dire que des élèves font trop de bruit sous ses fenêtres).

 

Mais, il y a aussi le « pro » qui a déjà vu tout le personnel avant la plénière pour repréciser les missions de chacun.

 

 

                La plénière, c’est aussi un moment révélateur de l’esprit qui règne dans l’établissement.
Vous pouvez deviner les ambiances conflictuelles dans la petite phrase du genre « profitons des derniers évènements pour penser au futur… » sortie de la bouche d’un orateur mal à l’aise, alors que dans la salle le volume des discutions augmentent.

 

Il faut savoir que le corps enseignant est un corps à part (encore plus dans le privé). Parfois, on retrouve le même comportement chez le prof que chez l’élève.

« Et comment se sont passées tes vacances ? »

« Comment vont tes gamins ? »

Et le proviseur d’interrompre :

« Je sais qu’une heure c’est long, mais j’ai un certain nombre de choses à vous dire ! »

 

Dans une réunion de rentrée, vous apercevez tout de suite le contestataire de service : « J’avais déjà fait la remarque l’année dernière, mais cela n’étant pas pris en compte, je me permet de demander… ».

 

Beaucoup de clichés sur l’éducation nationale peuvent être faux, mais vous vous croyez parfois dans une caricature lorsque votre voisine de droite, une prof d’allemand vous dit, tout en paraissant en forme « je suis en colère. J’ai appris en fin de semaine dernière que mon arrêt de travail s’arrêtait ».

La semaine suivante, elle était de nouveau en vacances. Pardon…en arrêt de travail !

 

Pendant ce temps là, les deux profs devant nous expliquent qu’ils sont mécontents. Le proviseur adjoint n’a pas pris en compte leur souhait de ne pas avoir cour le lundi et le vendredi, ainsi que de 14h à 15h.

 

 

 

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  1. Le recrutement du Pion
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 19:28

                A chaque établissement sa politique de recrutement et celle-ci dépend beaucoup d’éléments qui nous permettent de nous faire une idée de la gestion du lycée.

 

 

  • Le proviseur-relations publiques :

 

 

Je venais de passer un entretien dans un collège devant un jury de 5/6 personnes et dans les règles de l’art (tout du moins, fidèle à l’image que j’avais d’un entretien de recrutement). Cela n’avait pas marché (certainement parce que les questions me semblaient ridicules !) et l’on me proposait d’être « assistant d’éducation » dans un lycée (internat et externat). Je me rendis donc dans l’établissement. A priori, j’avais rendez-vous avec le CPE.

 

Je rentre dans son bureau. On s’installe sur une table et il commence à me présenter le boulot. Gardant l’image de l’entretien d’embauche type, j’essaye de me vendre (normal, je veux bosser !).
Mais, une fois les présentations faites, le CPE me demande si ça m’intéresse. « Euh, bin, euh, la comme ça, maintenant ?! ». Et bien je dis oui pour travailler trois nuits et un jour par semaine dans une équipe de 12 AE / 2 CPE.

 

Sans plus attendre, direction le secrétariat pour signer mon contrat. J’y rencontre le proviseur. La rencontre est brève, mais j’ai le droit aux flatteries au sujet de mon cursus universitaire (votre CV est vite oublié une fois dans la boite) et à l’éloge du lycée (lycée des métiers s’il vous plait ! Tout le monde ne peut pas prétendre à ce label). Imaginez donc l’honneur pour moi….

 

 

  • Le véritable chef :

 

 

Nous atteignons le sommet des bizarreries de gestion dans cet établissement privé. Pour cette deuxième expérience, j’ai obtenu un entretien pour un poste de surveillant d’internant : 4 nuits par semaine. Je viens le jour même de l’appel me proposant le poste.

 

Me présentant à l’accueil, je suis redirigé vers le bureau du directeur (le mot proviseur n’existe pas dans le privé, rapprochant plus le directeur d’un directeur général de PME). Je suis présenté à un jeune directeur adjoint (tout nouveau dans l’établissement) et au directeur qui s’assied derrière son bureau. Le directeur adjoint s’installe sur la chaise jouxtant la mienne. Les présentations effectuées, le directeur adjoint mène la danse. Mais la seule et unique question concernant mon « aptitude » au poste est « qu’en pense votre femme ? ». Si je vous dis qu’on a besoin d’argent pour vivre vous me croyez ?

 

Je n’aurai presque pas entendu le directeur, mais plus surprenant, la responsable de l’internat, ma supérieure hiérarchique directe pendant toute l’année n’est pas conviée à cet entretien. Au bout d’un moment, je suis invité à sortir et à attendre un peu plus loin. Une réponse va m’être donnée. Ce mode de recrutement permet déjà de savoir qu’ils n’ont personne d’autre pour le poste et que leurs critères de recrutement se basent sur ce que pense ma femme (vous me direz, c’est nécessaire à l’équilibre d’un homme…). Deux minutes plus tard, la porte s’ouvre. Je rentre dans le bureau et là…..suspens…..le directeur adjoint m’annonce que je suis pris !

 

 

  • Le bavard-curieux :

 

 

Après deux années à faire surtout des nuits, on me propose un premier mi-temps de deux jours par semaine. Je commence par retrouver la CPE qui, une fois prête, m’accompagne au bureau du proviseur (et oui, de retour dans le public…).

 

Dès le départ, je sens que j’ai face à moi une personne qui aime parler (ainsi que la mer, ce qui est une chose pour faire parler les bavards). Le proviseur, une fois son introduction achevée, prend un stabylo jaune fluo ainsi que mon C.V. Il relit (ou lit) mon C.V. en commentant et surlignant presque chaque ligne. Je n’ai au final que peu de choses à ajouter.

Viennent ensuite les questions qui permettent à un rendez-vous de s’appeler « entretien d’embauche » :

Quels sont vos motivations ? (à part nourrir ma famille en attendant de trouver un emploi qui correspond à ma formation, je ne vois pas…)

Quelles sont vos qualités ?

Quels sont vos défauts ? (sic.)

 

Ensuite, c’est à mon tour de poser des questions…….

Enfin, une seule ! La première réponse a duré 10 minutes !

Une heure d’entretien et pas beaucoup de salive dépensée de ma part.

La réponse est tombée dans l’après midi et c’est oui. Trois heures après ce rendez-vous, j’en ai un deuxième pour un autre mi-temps.

 

 

  • L’homme :

 

 

Mon deuxième rendez-vous de la journée est mené uniquement par la CPE. C’est un tout petit lycée avec très peu de personnels. L’entretien peut se résumer en une phrase : « je voulais juste vérifier que vous êtes un homme ». En effet, la CPE me présente l’établissement, vérifie que je suis partant, que je connais le boulot pour finalement me dire qu’elle cherche surtout un homme. L’autre candidat étant une fille, j’ai bien plus de chance. Toutefois, il faut que les surveillants me rencontrent….enfin surtout les surveillantes ! Il y a bien un surveillant, mais il est tout nouveau. On sympathise vite et il me reste à attendre ma réponse dans l’après-midi.

 

J’aurai mes deux coups de téléphone à dix minutes d’intervalle. Me voici pion dans deux lycées différents, et cela en une journée !

 

 

 

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